• Galerie des femmes

    Médiations, exposition

     Médiations, exposition
    9 décembre 2020 au 30 janvier 202135 rue Jacob 75006 Paris

    Exposition collective avec Shulin Chen, Maria Chillón, Guo Rong et Ximena De Leon Lucero.
    Vernissage en présence de He Yuhong Présidente de l’Union des Artistes d’Asie en France
    Mardi 8 décembre 2020 à partir de 17h
    Prolongation de l’exposition jusqu’au 30 janvier 2021

    Shu Lin Chen est née à Taipei (Taiwan) en 1967. Elle y est diplômée de l’Institut National des Arts. En 1994, elle s’installe à Paris et rejoint le très renommé Atelier 17 devenu Atelier Contrepoint. Deux ans plus tard, Shu Lin Chen en est nommée assistante et commence à former des artistes venus du monde entier à la gravure, sa spécialité. Son travail, empreint de silence, d’harmonie, de nature et d’un brin de magie, se laisse voir dans les plus grandes villes du monde.

    « Dans mon travail de graveur je ne cherche pas à représenter la réalité mais à créer des volumes, des objets, des corps qui nous dévoilent un monde ambigu, dans lequel je cherche les réponses aux tensions entre les perceptions de mon corps et celles de mon esprit. En créant des formes qui, sans être figuratives, pourraient faire partie de mondes possibles par leur aspect organique, animal ou végétal, je veux rechercher le sens des ombres qui se dessinent à la seconde où mes yeux se ferment et les matérialiser. » Maria Chillòn
    Site de Maria Chilló

    Rong Guo est née à Shanghai en 1979, après des études universitaires de communication visuelle en 2001, elle devient designer pour l’entreprise Metersbonwe pendant 2 ans. Elle arrive en France en 2003 afin de perfectionner sa technique de gravure et s’inscrit aux Beaux-Arts de Versailles. Depuis 2009, elle travaille, à l’atelier Contrepoint, sur des œuvres qui visent à détourner, avec humour, les tracas de la vie quotidienne afin de prendre un peu de recul sur cette société frénétique. Rong Guo a reçu le Prix Kiyoshi Hasegawa 2020, section gravure, de la Fondation Taylor.
    Site de Rong Guo

    Née à Buenos Aires en 1979, Ximena de León Lucero, vie et travaille à Paris où elle est professeure de gravure sur métal à l’atelier Sobre Papel à Vincennes. Formée à l’École Nationale des Beaux Arts de la capitale Argentine, elle a exposé dans de nombreux pays à travers le monde et reçu de nombreux prix. Son travail nous emmène au coeur de l’expression minimale. Un dialogue silencieux révélé par des figures symboliques. Entre surréalisme et illustration, Ximena nous ouvre la porte d’un univers fantastique.
    Ximena De Leon Lucero

    Médiations

    « Qu’est-ce qu’une vraie œuvre d’art ? Qu’est-ce qu’un bon ou un vrai artiste? Qu’est-ce que l’art contemporain? » . Tous les jours, nous sommes confronté·e·s à ces questions, empêtré·e·s dans des concepts…, jamais tranquilles. Les artistes passent beaucoup plus de temps à penser à ces questions qu’à rester à l’atelier pour travailler. Ce n’est pas une mauvaise chose, puisque c’est une caractéristique importante et évidente de la création d’art contemporain. Mais peut être devrions-nous quelquefois nous déplacer, pour prendre de la distance et nous poser d’autres questions : par exemple, pourquoi sommes-nous dans une ère de spéculation? Cela nous conduira encore à plus de nouvelles questions, problèmes et arguments…

    Je voudrais avancer une idée sur ce thème : le problème tient peut-être au fait que nous n’avons jamais eu de doutes généralisés sur le monde dans lequel nous vivons. Les choses sur lesquelles nous comptons, dont nous dépendons, je les appelle « Médiations ». En français, ce terme « médiation » a une définition proche de « conciliation » ou « réconciliation », et c’est le sens central de l’étymologie partagée. Il renvoie aux affaires quotidiennes, aux crises émotionnelles, aux pressions professionnelles auxquelles nous sommes confronté·e·s chaque jour, y compris ces virus soudains, ces attaques terroristes, etc. Et il inclut la manière dont nous résolvons ces problèmes : tout cela constitue notre vie.

    Au cours de ce processus, personne ne peut contourner les récifs qui se cachent dans la rivière, ni éviter le torrent impétueux. Comment pouvons-nous traverser cette résistance des obstacles impossibles? Allons-nous créer de belles vagues d’écume ou, au contraire, serons-nous bouleversés et écrasés par des torrents d’épines? Ce sont les questions de chacun·e de nous dans la vie, cela constitue également l’histoire de la culture humaine, avec ses temps de révoltes. Nous traversons tous une vie médiatisée et conciliée. C’est ce qui a donné naissance à la religion, la guerre, la croyance, la littérature, le théâtre, la poésie, la drogue et l’art. Chacun de nous est plus ou moins adonné à de telles médiations à différents moments. Nous rencontrons la douleur, la contradiction, la souffrance ; mais aussi le bonheur, la tolérance, et la joie. C’est la vie. Nous avons rendu à la vie des valeurs grâce à diverses médiations, et nous pouvons également convertir ces valeurs grâce à leur utilisation pratique.

    L’être humain est aussi une « médiation »; et aujourd’hui, alors que la mondialisation devient de plus en plus grave, l’humain en tant que médiateur est devenu particulièrement important. On l’observe avec l’émergence de la culture publique, fondée sur un sentiment d’identité et d’appartenance. Son développement entraîne la recherche d’objectifs économiques, de valeurs culturelles et de normes morales communes. Cela constitue progressivement une force puissante, de manipulation ou de dictature, jusqu’à l’étape récente que les sociologues appellent « l’ère post-coloniale ». Les gouvernements atteignent leurs objectifs grâce aux interventions culturelles publiques. Les scènes exprimées dans ce langage culturel public sont élargies et étendues, tandis que le sentiment de perte d’identité du peuple se renforce.

    C’est un problème auquel l’art contemporain a été confronté à partir de Marcel Duchamp et Joyce. La dé-construction et la reconstruction de soi par des créations artistiques sont confrontées à notre relation aux autres, à notre relation au monde, et au projet de re-composition et de reconstruction entre nous et notre « soi ». Cela s’appelle la médiation culturelle. Les artistes font partie des acteurs de cette médiation culturelle, ils marchent tous en première ligne, ils sont l’avant-garde. Ce qu’ils veulent exprimer n’est plus seulement un objet ou la composition de cet objet, mais la relation entre les objets dans le monde d’aujourd’hui. L’art n’existe plus seulement en tant qu’esthétique, mais comme une médiation visuelle, offrant des métaphores et des significations étendues. En tant que partie de la médiation culturelle, la médiation visuelle n’a jamais été aussi importante qu’aujourd’hui.
    Yuhong He, Paris, le 28 novembre 2020